Editions de La Pierre Verte

Tout sur l'Ecoquille

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Christian, fermier brasseur, pur jus d'écoconstructeur
 
 
ImageChristian tient son stand de dégustation sur de nombreuses foires bio dans le Sud de la France. Souvent accompagné de sa femme Annie, il vous sert la bière qu'il fabrique lui-même, la Karland, douce et ambrée. Une mousse fine, une bière dorée et fraîche, un sourire complice encadré de grands yeux bleus, vous vous souvenez peut-être avoir dégusté un bon moment au bar de Christian, devant un grand verre rond.
 
 
Ils vivent dans le Tarn, au creux de petits vallons presque sauvages, tout près de Puylaurens, en Pays de Cocagne. Les enfants sont grands et sont partis, certains même à l'autre bout de la planète.

Christian et Annie Garland exploitent une trentaine d'hectares, entièrement cultivés en bio depuis 1980. S'ils ont commencé par le fromage de chèvre au tout début, ils ont ensuite loué et acheté des terres, des outils, etc. Avec beaucoup de débrouillardise, ils sont parvenus à produire de belles quantités de blé, qu'ils moulent à la maison pour quelques boulangers bio. Il n'en reste pas un sac...

Les lentilles et pois sont proposés sur les marchés à une clientèle de fidèles. Enfin, l'orge et le houblon vont servir à la fabrication de la localement célèbre Karland.

 
 
ImageÀ quelques pas de leur ferme, une ancienne briqueterie à l'abandon conservait un très beau four en dôme, tout en briques et cerclé de métal. Il y a douze ans, Christian loue la briqueterie et transforme le four en germoir. Il a fabriqué sur mesure le gros rateau tournant, tout comme la soufflerie d'air chaud et humide passant au travers d'un vaste manège en inox.

Beaucoup d'éléments de cette machine sont des pièces récupérées. Parfois ça casse, mais bon, Christian répare et entretient comme il faut et la production est régulière : une bonne fournée de germes d'orge par mois. Le germoir est un peu petit et Christian voudrait en doubler la capacité. Mais le vieux four à briques reconverti ne le permet pas et c'est dans un nouveau bâtiment que la brasserie va devoir déménager en cette fin d'été 2006.

ImageLa couche de quarante centimètres d'épaisseur des germes d'orge est séchée, toujours dans le four, pendant quelques jours. Une grosse chaudière à bois donne la chaleur nécessaire aux différents processus.

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Passant ensuite par le brossage de leurs racines et par leur concassage, les flocons d'orge obtenus, bio et sucrés, sont dignes d'un très bon müessli. Ils sont stockés dans de gros bidons métalliques, au sec et au frais, pour servir, à la date prévue, à la fabrication de la bière.


 
 
 
 
 
 
 
 
ImageSelon un cycle de plusieurs semaines, Christian élabore sa bière en suivant une recette millénaire, à peine aidé de grandes cuves et de pompes. L'orge et l'eau sont mélangés et tenus au chaud, puis refroidis brusquement avant d'être filtrés puis remis à chauffer, avec un peu de houblon pour l'amertume. Le jus est de plus en plus sucré, il mature de jour en jour et passe d'un récipient à l'autre, sous l'œil et la langue d'un petit chimiste, encore étonné par la création de sa bière.
 
 
"J'ai commencé avec un couscoussier et j'ai fait 10 litres. Je l'ai trouvée assez bonne et j'ai aussitôt acheté des bidons de cinquante litres. Un an plus tard, c'étaient des cuves de 400 litres et les premiers malaxeurs, éthylomètres et autres pompes à bras. Et puis maintenant, je fabrique plus de 5000 litres à chaque fois, deux à trois fois par mois selon les ventes. Au cours de l'année passée, nous avons produit plus de 200.000 litres, en tonnelets ou en bouteilles." La Karland a du succès.Image
 

ImageDans une cuve sous pression, la levure est mélangée au liquide et la moitié de son sucre est transformée en alcool, tandis que l'autre fait du gaz carbonique. Christian en tire un peu au robinet, "la chopine au trou du fût" aurait chanté Gotainer. La mousse est crémeuse sur toute la hauteur du verre et se dépose très doucement. Je goutte avec intérêt. La bière est tiède, la mousse onctueuse et l'ensemble désaltérant, caramélisé et fort. Ne pas en abuser, car il fait bien chaud dans ce hangar, sous la tôle ondulée.
 
 
ImageChristian aide quelques instants Annie à laver des bouteilles. Je déplace une lourde bassine avec lui. Il me montre que l'eau utilisée aux lavages provient d'un échangeur qu'il a mis au point pour refroidir sa mixture au moment nécessaire, tout en récupérant la chaleur. Ce sont à chaque fois 5.000 litres qu'il récupère et stocke dans l'une des cuves isolées, représentant presque toute la consommation d'eau chaude de la brasserie d'un cycle de fabrication à l'autre.

ImageNotre fermier brasseur a élaboré plusieurs breuvages, selon les envies du moment, les essais de culture et l'élaboration des recettes. Ambrée, blanche. Avec la culture de quelques ares de chanvre, toutes autorisations acquises, il a même créé la Kanebière...
 
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Mais l'heure n'est pas vraiment aux expériences, ces temps-ci, car Christian vient de passer trois années intenses à constuire un grand bâtiment, au haut de la colline derrière, un triple hangar agricole destiné à stocker le blé produit par ses trente hectares, l'orge de quatre autres hectares et les fleurs sèches du houblon qui pousse au bord de la route, pendu à des fils, sur dix ares.


Un peu plus loin sur la gauche, une piste fraîchement recouverte de brique pilée grimpe sur un petit kilomètre, contourne un bois pour déboucher sur le lieu de tous les espoirs et de tous les rêves pour les Garland : un immense batiment agricole, véritable complexe destiné autant à l'accueil qu'à la production.
 
 

ImageChristian a conçu son projet tout seul pour l'essentiel. L'architecture a répondu à des besoins professionnels et à des options complètement écologiques.
 
Il fallait de la hauteur pour le tri du grain. Soit on s'équipe d'élévateurs à moteurs électriques, soit on profite de la pesanteur, comme depuis toujours, en chargeant les trémis une bonne fois pour toutes et en laissant le grain redescendre. Que croyez-vous qu'il choisit ? La tour, imposante, a été placée entre le hangar de gauche, frais silo pour le grain, et l'ensemble de la brasserie à droite.
 
Ouverte au Sud par de grands double-vitrages de plus de trois mètres de haut, protégée derrière ses enduits de chaux et de terre, isolée de bois et de bottes de paille, climatisée par l'ombre et l'air qui y circule, la gigantesque construction de bois affiche son originalité et son visible parti-pris : 100% écologique...
 
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Les toits courbes recouverts de mousse et de sébum, l'immense structure de douglas, d'un jaune franc veiné de rose, les grandes portes de quatre mètres de haut, doublées de bois, ou même le panneau solaire thermique sur le toit, on devine que Christian va vraiment au bout d'une certaine démarche.

ImageSix cent mètres carrés, une façade de quarante mètres de long, une hauteur maximale de dix mètres, ce ne sont pourtant pas les dimensions de ces hangars qui étonnent, mais l'abondance du bois et en particulier la charpente et l'ossature en bois rond, très caractéristique.

Pour former le toit arrondi, les pointes des troncs ont été courbées à chaud avant d'être boulonnées, puis recouvertes d'une double couche de planches. D'en bas, les nervures de la charpente, arbres entiers, semblent fines tant le toit est haut.
 
 
 
 
Six semi-remorques de bois sont venus livrer le chantier durant les trois années qui viennent de s'écouler.

Dans quelques semaines, les cuves et bains occuperont le vaste espace dégagé et, au bout, une très grande salle pourra accueillir des fêtes, des concerts, ou autres. Un bar, de la bière toute fraîche, une sono, une scène, des éclairages, des éléments de décoration, une bonne isolation entre les poteaux dressés, la douce ambiance du bois, les effluves fermentées, la chaleur des cuves et de la chaudière à bois, on s'y sentira forcément très bien.

Le travail semble démesuré par rapport à la construction habituelle d'un hangar agricole. Un investissement de trois cent mille euros, l'emploi de deux personnes à temps plein durant trois années, et, bien entendu, toute l'énergie et le temps de ce couple pour conduire le chantier, l'approvisionner, y passer les week-ends et tout le reste de son temps.

ImageMais Christian est prévoyant et imaginatif : la qualité de la réalisation la destine à toutes sortes d'usages possibles. Au cas où, il suffit d'ôter les machines et l'espace devient libre, pour la construction d'une belle résidence de quarante chambres, par exemple. Avec ses murs épais et ses matériaux isolants, l'endroit est vraiment agréable, et conçu pour une faible consommation de combustible de chauffage. Bien orienté, vaste et ombragé mais ouvert au soleil, il a toutes les qualités d'une réalisation bioclimatique cohérente.

Au centre, la tour s'élève à dix mètres sur trois paliers et les machines de tri du grain y sont prêtes à travailler. Au-dessous, un cloisonnement de plaques de Fermacell délimite un bureau, des sanitaires, un vestiaire, etc.

Les sols sont stables, d'autant que le plateau a été taillé profondément dans la colline. Ils peuvent recevoir des tracteurs, des machines lourdes, les larges portes sur rail, etc.

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ImageÀ l'intérieur de la partie "brasserie" du bâtiment, Christian a installé un chauffage par le sol pour la chambre chaude, tandis que la chambre fraîche est équipée d'une climatisation pour demeurer à moins de vingt degrés en permanence. Le chauffage par le sol sera assuré par les eaux chaudes issues des processus de brasserie, optimisé avec des panneaux solaires, dont le premier attend le démarrage de l'activité pour se voir accolé plein de petits frères.

De trois mètres de hauteur sous plafond, les chambres chaudes et fraîches de la brasserie ont été bâties en briques isolantes d'argile cuite monomur, de fabrication régionale, un peu fragiles, paraît-il. En 39 centimètres de large, à l'intérieur de ce hall de bois aux épaisses parois de paille, elles garantiront une protection des plus sûres aux processus de fermentation ou de conservation qu'elles abriteront.

Le dessus de ces chambres n'est encore qu'un simple plancher, mais les espaces entre les lambourdes seront comblés d'un mélange de chaux et des copeaux de bois qui ont été conservés sur le chantier. 100% écologique, on vous disait...


ImageOn remarque assez vite une abondance de fenêtres et de vitrages dans les murs, souvent en hauteur, fenêtres très disparates, de toutes formes et couleurs, certaines même en alu. Elles ont toutes été récupérées et placées astucieusement dans l'ossature et ses montants. Il en reste encore un bon stock dehors, à réparer et à poser. Elles apportent de l'éclairage partout, évitant aux si vastes espaces de donner un sentiment d'oppression ou de vertige. Ils sont clairs, ouverts, accueillants et doux. Une fenêtre de récup' a même été posée dans une cloison interne de façon à apercevoir l'épaisseur du mur en paille qui remplit la structure.

Au mur Nord, c'est un torchis allégé et enduit qui a été monté en grandes banches. Un peu fragile tant que le mur de six mètres de haut à cet endroit n'était pas sec. "On a connu quelques frayeurs", précise Christian. "Heureusement, avec les tracteurs, les élévateurs, les fourches et des échafaudages, on a réussi à finir ce mur et à l'arrimer comme il faut."
 
 
Maintenant, vient le clou de la visite : une promenade sur l'immense toit végétalisé. Six cent mètres carrés, c'est grand, je vous assure. Pour y parvenir, nous grimpons sur trois hautes échelles successives à l'intérieur de la tour à grain dont l'escalier viendra plus tard. Christian me charie : "Tu vas réussir à te faufiler par là ?" Une petite porte débouche sur le toit. On y marche facilement car il est recouvert d'une couche de trois ou quatre centimètres de petits cailloux de pouzzolane dans une poussière grise de compost, le tout destiné à être fixé et sauvagement ensemencé au gré des vents et des pluies.

ImagePour l'instant, il reste encore de la pouzzolane et du compost à étendre sur la membrane caoutchoutée, un liner de haute qualité, garanti vingt ans aux UV. Mais cette toiture impressionne déjà et, à certains endroits, la végétation a commencé à s'accrocher, formant une épaisse couche de racines qui isolera de mieux en mieux.

L'eau de pluie qui s'infiltre est récupérée en bordure de toit est conduite en sous-sol jusque dans un bassin de quatre cent mètres cubes, la carrière qui a permi de construire autrefois la grande ferme d'à-côté.

Les pompes et les raccordements sont déjà en place pour que cette eau serve à l'arrosage du toit ainsi qu'à d'éventuelles installations sanitaires. Pour l'instant, on se contente des toilettes sèches déjà en place dans la cour et Christian projette pour l'an prochain la création de quelques petits bassins de phyto-épuration en contre-bas du terrain, juste là devant. 

 
Dans quelques mois, le projet de Christian aura tenu ses promesses et j'irai y prendre quelques photos complémentaires. En effet, ce bâtiment est exemplaire à plus d'un titre. Esthétique, naturel et accueillant grâce à ses matériaux. Fonctionnel et pratique grâce à une bonne conception d'ensemble, économe en énergie grâce au soleil et à bon nombre d'astuces, il a beaucoup de charme et deviendra vraiment splendide avec sa grande prairie sur le toit.
 
Image "-Comment est-ce possible, Christian ? Où as-tu appris tout ça ?
- En fréquentant les foires bio, j'ai vu des démonstrations sur l'habitat écologique, j'ai assisté à des conférences, et pas mal de spécialistes se sont accoudés à mon bar. J'ai acheté des livres, le tien par exemple ! Celui d'Oliva sur l'isolation et encore quelques autres.
- Ça ne t'embête pas qu'on vienne te demander des tuyaux sur ton stand dans les foires ? De transmettre ton expérience ? Tu vas être sollicité, non ? J'ai vu que tu gardais des photos de chantier de ton bâtiment dans ton camion, ça n'est pas pour rien, si ?
- Parler, ça donne soif, alors..." répond-il dans un malicieux sourire.

Quand vous verrez Christian et Annie, transmettez-leur le bonjour du Géant Vert...
 
 
Août 2006
 
 
 
Les photos de cet article sont de Lumé Desombre. 
 
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