Editions de La Pierre Verte

Tout sur l'Ecoquille

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Laine de mouton

La laine de mouton est très efficace, et il suffit pour s'en convaincre de demander aux moutons eux-mêmes : de la Sibérie au Maghreb, ils ont l'air d'apprécier les vertus de leur formidable toison. Étanche aux gouttes d'eau, elle laisse néanmoins passer facilement leur transpiration, c'est-à-dire la vapeur. Imprégnée de son suin naturel, elle repousse toutes les bébêtes, les petites comme les grosses. Naturellement élastique, elle ne se tasse pas, ne se brise pas, ne s'effrite pas. Elle résiste bien à l'inflammation mais, au-delà des cinq cents degrés, il lui arrive la même chose qu'à nos cheveux passant sur une bougie.

Une bonne laine ne doit être ni entièrement lavée à l'eau chaude ni traitée. C'est en restant en son état naturel qu'elle garde toutes ses propriétés, en particulier sa résistance aux mîtes. En effet, lorsqu'une laine a été débarrassée de son suin, elle devient fragile et vulnérable, aussi bien aux insectes qu'à l'humidité et au tassement. Les ravages causés par les mites sont terribles et la laine est dévorée en quelques semaines seulement si rien n'est fait contre cet affreux petit insecte ailé. Problème de la laine brute : ça peut sentir le mouton, une odeur pas franchement désagréable, mais bon. Odeur naturelle, c'est sûr, qui s'effacera en quelque temps.

Il est tout à fait possible d'acheter des toisons brutes directement aux bergers. Prévoir alors un soigneux rinçage à l'eau froide sans détergent pour ôter la terre et les saletés qui alourdissent la laine et peuvent la détériorer. Bien sécher. Dans ces conditions, la laine est d'un prix accessible, saine et suffisamment efficace. La carder améliorera grandement ses performances isolantes.

Très très important : conserver la possibilité de la changer en cas de nécessité, derrière des panneaux démontables par exemple.

Mais si on la veut en beaux rouleaux douillets et tout blancs, plus filée que bouclée, alors là, l'addition peut surprendre. Dommage car la laine de mouton à des prix plus abordables offrirait des débouchés à des toisons qui, en France, sont souvent brûlées ou jetées. En effet, la laine destinée à la confection industrielle coûte moins cher quand elle vient d'Amérique du Sud que si elle est préparée, colorée et filée chez nous. Seuls quelques passionnés élèvent des moutons angoras pour leur plaisir et proposent des laines de très belle qualité à des prix à peine acceptables pour une activité de loisir.

La filière de la laine française est moribonde. Quatre-vingt pour cent de celle que nos moutons voient pousser sur leur dos part en Chine, Japon ou Russie pour transformation. Il reste encore quelques laveurs de laine, à Mazamet dans le Tarn ou à Sauvigny dans l'Allier, et ce sont ces dernières entreprises qui préparent la laine qu'ensuite quelques sociétés feront transformer en isolant pour l'habitat écologique. Ces produits prêts à poser, en vrac, rouleaux ou panneaux, sont en principe traités contre les mites, précaution indispensable puisque la laine n'a plus son suin. Parfois le sel de bore est utilisé seul, un traitement naturel et non toxique mais difficile à garantir sur le long terme. Sinon, un autre produit est utilisé : le Mitin. Mitin est une marque industrielle qui recouvre en fait une gamme de différents produits, dont un seulement, le Mitin FF, peut être considéré actuellement comme sain et sans danger. Il s'agit d'urée de synthèse.

Mentionnons ici le travail de l'entreprise "Étoile du Berger" qui parvient à concilier le sel de bore avec la laine de mouton. En effet, la plupart des traitements au sel de bore sont en surface seulement. Inévitablement, la laine se détériorera ou sera boulottée en son milieu. Il est difficile de l'imprégner à cœur car elle est assez étanche aux liquides. Aussi "Étoile du Berger" fait-elle son imprégnation en couches assez minces qui sont ensuite attachées les unes aux autres pour obtenir des rouleaux suffisamment épais en final. Grâce à ce procédé artisanal, cette laine de mouton pour l'isolation est, sans aucun doute, le produit prêt-à-poser le plus sain et durable du marché.

Malgré l'apparition de la laine de mouton dans la gamme des isolants modernes, le nombre d'ovins en France ne cesse de régresser et cette tendance demande à être inversée car, partout dans nos montagnes, les parcours et les jolis sous-bois disparaissent, envahis par des broussailles qui favorisent la propagation des incendies. C'est bien simple : il a été calculé que le prix d'un Canadair, dont le maniement procure du travail à deux ou trois hommes seulement, équivaut à celui d'un troupeau de mille moutons qui nourrirait une centaine de familles rurales. La comparaison vaut par le fait que les parcours où paissent les ovins sont rarement victimes d'incendie. Nous avons vingt Canadair, ça ferait vingt mille moutons et trois mille emplois directs au moins. De plus, les Canadair dispersent des produits chimiques sur le feu quand les moutons enrichissent l'humus des sols et favorisent la dispersion des graines sauvages. Enfin, personne n'allume de feu pour voir voler les moutons, tandis que, et c'est établi, les largage de Canadair font parfois le délice des pyromanes. Sans compter qu'ils se crashent, les avions du feu, trois fois durant l'été 2005, drames humains pour les familles de pilotes. Face à cela, la chute de quelques moutons dans un ravin pourrait simplement être compensée par une indemnité financière, comme elle l'est dans le cas de rencontre avec des loups ou des ours.

Bon, voilà : c'est encore une affaire de politique. Et d'ailleurs, il y a des petites communes de montagne qui prennent des initiatives sans rien demander à personne, en investissant sauvagement dans un troupeau communal. Divisé en parts entre les habitants et financé collectivement, un troupeau communal de deux cents moutons permet à une famille de vivre normalement. Il économise aussi les frais de débroussaillage à la charge des municipalités et rendus obligatoires pratiquement partout.

Que ces communes me signalent par écrit l'existence de leurs troupeaux et leur volonté de fournir des toisons brutes et propres aux écoconstructeurs de leur secteur, à des prix aussi doux que la laine. Organisons-nous quoi, mince !

Une précision au passage : la laine de mouton n'est pas adaptée aux usages de la chaux. En faire un béton isolant est très difficile à réussir.

Un correspondant, boutique bio gersoise qui distribue aussi des produits naturels pour la construction et le jardinage, me signale que leur magasin est isolé depuis longtemps à la laine de mouton. Étant donné que les mites peuvent également attaquer les graines et céréales entreposées dans la boutique, ils utilisent là-bas des pièges à phéromones plutôt que des produits aux noms en -cide, des produits tueurs. Jean-Pierre me fait remarquer qu'il existe des pièges différents destinés à chaque type de mites. On peut donc préconiser la pose de ce genre de pièges dans une habitation qui emploierait la laine de mouton, les plumes, la laine de lin, voire la ouate de cellulose comme isolant. Chez Lutscrampo, la protection est efficace depuis plus de dix ans. Là, il a fallu tout refaire après deux années. La laine de mouton : difficile de s'en priver et tout aussi difficile de la garantir.

Voir "Les fibres naturelles et les mites" dans "J'attends une maison". 

 

 

 

 
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